Coopérateurs engagés

Témoignage de Christophe Chavinier, Pdg de TAXICOP et l’un des directeurs de Gescop

Votre coopérative en quelques mots…

Gescop est un groupement coopératif qui fédère 1 200 chauffeurs de taxi, tous associés d’une Scop, et emploie 110 salariés. Il est composé de trois entreprises coopératives : BARCO, GAT et TAXICOP dont je suis le PDG. Afin d’offrir tous les services nécessaires à l’activité de nos taxis, nous avons créé diverses filiales pour répondre à leur besoins (un central radio, un atelier de carrosserie, un centre de formation…).

Nous sommes surtout connus du grand public via notre central de réservation ALPHA TAXIS.

Quelles sont les évolutions en cours et les enjeux spécifiques à votre secteur d’activité, actuellement ?

Depuis trois ans, une concurrence déloyale s’est installée sur le marché du transport de personnes, un peu partout dans le monde, avec pour emblème Uber. Cette multinationale championne de l’évasion fiscale sévit en toute impunité, avec pour conséquence l’instauration d’une véritable loi de la jungle à Paris qui provoque des tensions au quotidien.

Notre activité est très réglementée : nos tarifs sont fixés par l’Etat, nos chauffeurs sont des professionnels très souvent contrôlés ce qui fait du taxi l’un des modes de transports les plus sûrs. Le modèle proposé par Uber est aux antipodes et ils piétinent toutes les régles. L’association UFC Que Choisir a d’ailleurs relevé 22 clauses abusives ou illicites dans les conditions d’utilisation d’Uber. Il constitue une dévalorisation des valeurs professionnelles que nous défendons, et en cela, notre lutte est emblématique : nous nous opposons à l’ubérisation de la société, qui s’attaque à tous les métiers…

Nous ne nous opposons pas à la coexistence d’un service de VTC et d’un service de taxi, mais nous exigeons des règles claires, et l’application de la loi existante.

Quelle réponse propose Gescop face à ces enjeux ? En quoi cette réponse constitue-t-elle une alternative, en quoi concrétise-t-elle l’ambition d’« Entreprendre autrement » ?

Gescop est partie prenante des discussions qui sont actuellement menées avec le médiateur nommé par le Premier ministre. Nous souhaitons qu’elles aboutissent à une meilleure application de la loi pour que chauffeurs et clients retrouvent un contexte serein.

Nous avons à cœur de défendre notre mission de service au public, qui fait la grandeur de notre métier. Les taxis sont précieux, ils sont d’ailleurs intégrés dans les plans d’urgence des pouvoirs publics (plan canicule, désengorgements des gares par exemple). Le modèle Uber, c’est une précarisation forte des chauffeurs, des pratiques trompeuses, le traitement illégal de données informatiques etc. Nous, nous revendiquons un service dans lequel prime l’humain disponible 7j/7, 24h/24, en porte à porte, un service sécurisé, qui protège le client en cas de problème.

Et par notre spécificité coopérative, nous revendiquons également un cadre de travail serein à nos taxis, grâce à une bonne couverture sociale, un service de prestations mutualisées, un projet collectif, qui leur permette toutefois de conserver leur indépendance. C’est assez paradoxal dans ce métier, très individualiste, de choisir de s’associer en Scop, d’être libres ensemble en étant solidaires. Mais c’est ce qui fait notre force. Aujourd’hui, dans cette guerre que nous menons contre Uber, c’est donc à la fois notre métier de taxi, une certaine vision du service public, mais aussi nos valeurs coopératives, que nous défendons.

Nous avons lancé une procédure judiciaire contre Uber en faisant constater par huissier que 70 % des courses réalisées relevaient de pratiques illégales. Dans une procédure collective, avec d’autres compagnies de taxis, nos 1 200 chauffeurs coopérateurs à titre individuel réclament à Uber la somme de 25 000 euros au titre du préjudice économique subi. Le jugement aura lieu le 8 mars.

Le mot de la fin ?

J’ai envie de dire qu’aujourd’hui, choisir d’être transporté par Alpha Taxis, c’est faire un geste militant, c’est favoriser une coopérative et ses valeurs, plutôt qu’une multinationale qui veut imposer son modèle de « régression sociale »dans le monde.

Tél. : 01 45 85 85 85 / www.alphataxis.fr (téléchargez l’application gratuite)

Pour aller plus loin :

Uber, la prédation en bande organisée, de Laurent Lasne, aux éditions Le Tiers Livre.

Lire l'article paru dans l'Humanité le 1er mars 2016