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Les monnaies complémentaires, à quoi ça sert ?

Le 21 septembre, l'Union régionale des Scop proposait une soirée sur le thème des monnaies complémentaires, avec les témoignages de la Scic France Barter et de la CAE Coopaname.

C’est devant des participants en nombre réduit, mais attentifs, que s’est tenue le 21 septembre dernier une animation de réseau thématique à l’Urscop, autour des monnaies complémentaires.
L’idée n’était pas d’aborder le sujet dans sa globalité, mais plutôt par le biais de l’expérience de deux coopératives de notre réseau, la Scic France Barter et la CAE Coopaname, qui se sont toutes deux, par des voies différentes, plongées le sujet dans le cadre de leur activité.

Faire sens

Ce sujet fait d’autant plus sens pour l'Union régionale des Scop qu’il s’agit là de tentatives visant à se ré-approprier un élément central de nos vies, la monnaie : cette démarche nous a semblé en effet à mettre en parallèle avec la démarche des coopérateurs qui, par leur expérience de la coopérative, tentent de se ré-approprier un autre élément central de leur existence, le travail. Le fait que des coopératives s’emparent de ce sujet – en en faisant le cœur de leur activité, comme France Barter, ou en faisant de cette réflexion une brique de plus à leur projet, comme Coopaname – souligne d’autant mieux cette résonance entre les deux démarches !

Ainsi, au cours de la soirée, France Barter et Coopaname ont pu nous présenter leurs initiatives en racontant leurs histoires, partageant leurs expériences et ouvrir un espace de débat pour dessiner les perspectives qui peuvent être entrevues pour l’avenir.

Les monnaies complémentaires sont de plus en plus présentes dans le cadre de l’expérimentation de nouveaux types d’échange de professionnels à particuliers, mais aussi en BtoB.

L'expérience de France Barter

C’est le constat d’une monnaie devenue trop financière et plus assez transactionnelle qui a poussé Samuel Cohen à co-fonder France Barter avec son associé Arthur Bard. L’idée est simple : renforcer les échanges BtoB grâce à un système d’échanges digitalisés permettant aux entreprises d’offrir, ou de bénéficier, de services sans mettre en danger leur trésorerie.

Pour cela, il leur a fallu développer une communauté de professionnels, disposés à faire le pari de ce nouveau type de relations commerciales avec leurs partenaires. Cette monnaie se développe au rythme de l’activité que génère les membres de la communauté : plus il y a d’activité, plus il y a de Barters en circulation. Ce service permet notamment aux petites et moyennes entreprises de lancer certaines actions (la création d’un site internet, la régie publicitaire, etc…) en préservant leur trésorerie.

Le statut SCIC de l’entreprise offre la garantie qu’aucune dérive sur ce qui fonde l’intérêt de cette monnaie n’est possible, et que celle-ci ne puisse se convertir en un produit purement financier. Mais la clé du succès reste, bien entendu, la densification de la communauté des utilisateurs.

L'expérience de Coopaname

Une communauté d’utilisateurs d’une monnaie nouvelle, Coopaname en dispose de manière naturelle avec l’ensemble des entrepreneurs réunis dans cette coopérative. C’est pourquoi Coopaname réfléchit sur la mise en place une monnaie mutuelle entre ses membres, sur la base du constat que ces entrepreneurs étaient aussi des particuliers soucieux de consommer de manière responsable, et plus généralement des acteurs de la communauté des Coopanamiens.

Ces nouvelles pratiques ont stimulé les réflexions de fond sur ces questions, en soulignant l’envie de rebattre les cartes autour de ces systèmes de valeur, sans pour autant tomber dans le travers de tout compter de manière quasi pathologique.

Au-delà de ces deux exemples, quelles que soient les expériences, il apparait que le succès d’une monnaie complémentaire s’articule autour de deux éléments clés : la simplicité du système, ainsi que sur le double rôle d’apporteur et d’utilisateur de chaque membre de la communauté d’usager, soulignant la relation forte entre l’existence (et la pérennité) d’une monnaie, et l’adhésion des individus à une communauté.

Enfin, la question de la convertibilité de ces monnaies avec l’euro (ou toutes autres monnaies officielles) est observée, de par les expériences passées, comme un frein, voire un risque de mort annoncée, de toute monnaie complémentaire. Dans ce registre, l’expérience du SOL nous apporte l’enseignement qu’il est encore difficile d’expliquer aux usagers qu’une monnaie convertible ne se réduit pas à un nouveau système de comptage de points de fidélité.

Retrouvez le débat en vidéo !

Table-ronde du 21 septembre 2017 avec la Scic France Barter et la CAE Coopaname

  • De l'intérieur : Paroles de dirigeants et salariés de coopératives